Cette
peinture a été réalisée de la façon
suivante:
Préparation du support
J’ai biseauté les bords d’un panneau de contreplaqué
marine de 12 mm d’épaisseur, puis réduit quelques
défauts des champs du panneau avec de l'enduit de lissage.
J’ai laissé tremper une nuit dans de l’eau froide de
la colle de peau de lapin dosée à 100g pour un litre d’eau.
J’ai chauffé la colle bien gonflée environ 1/2 heure
au bain-marie sans dépasser 60°.
J’ai posé quatre couches de colle au verso du panneau.
J’ai posé la première couche du recto très
chaude (et donc très liquide) en tapant à la brosse à
encoller de façon à bien faire pénétrer la
colle dans les fibres du bois.
J’ai laissé les fibres se relever avant de les poncer au
papier de verre puis posé une deuxième couche de colle au
spalter.
J’ai marouflé à la colle de peau une toile de coton
et découpé tout de suite le débord de la toile au
cutter en faisant apparaître le biseau du support.
J’ai poncé la toile bien sèche avec la face plate
d'une pierre ponce sciée.
J’ai posé au sabre une couche de colle en gelée de
façon à bien boucher les interstices du tissage puis posé
une nouvelle couche de colle plus chaude au spalter.
Pour la préparation des enduits craie-colle de peau il est important
de s'assurer qu'il s'agit de craie provenant de carrière et non
pas du carbonate de calcium provenant de l'industrie chimique: celui est
très blanc alors que la craie est légèrement jaunâtre.
Je ne suis pas le seul à avoir eu des problèmes avec ce
carbonate de calcium qui provoque un grand nombre de bulles dans l'enduit,
sans doute en raison de sa granulométrie trop fine.
Il existe de nombreuses recettes de préparation de l'enduit craie-colle.
Personnellement je mélange 2 à 2,5 volumes de craie à
1 volume d'eau de façon à obtenir une pâte bien homogène,
j’ajoute à cette pâte 1,5 volume de colle de peau tiède,
je remue doucement et laisse bien reposer l'enduit avant de le poser.
(Le rapport craie/colle permet de maîtriser parfaitement la porosité
de l’enduit qui doit être adaptée aux techniques et
aux effets recherchés). Je pose ensuite au moins cinq couches d'enduit
au spalter. Il est impératif d'éviter toute formation de
bulles dans les premières couches d'enduit: elles ne pourront pas
être réduites avec les couches suivantes. Une fois le panneau
bien sec je le ponce au papier de verre de façon à obtenir
une surface parfaitement lisse et le laisse sécher au moins deux
semaines.
Un rouge à
la tempera à l’œuf
J’ai réalisée une couche d'impression à la
tempera à l'œuf de la façon suivante :
J’ai broyé à l'eau du pigment ocre rouge de façon
à obtenir une pâte solide. J'ai ajouté à cette
pâte un volume égal de jaune d'œuf puis dilué
légèrement le tout de façon à pouvoir passer
facilement deux couches d'impression au spalter souple.
Un fond noir de manganèse à l’huile
J'ai réalisé le fond au noir de manganèse. Le pigment
a été broyé à la molette sur la pierre à
broyée avec une huile cuite hollandaise très siccative.
J'ai utilisé un médium que je prépare en mélangeant
à parts égales cette huile cuite et du "vernis dammar"
que je prépare "à la chaussette" selon le dosage
suivant : un volume de résine dammar en poudre mis en solution
à froid dans deux volumes d'essence de térébenthine
rectifiée. J'ai posé au spalter souple deux couches de ce
noir de manganèse. Après un séchage d'une semaine
j'ai posé sur ce noir un léger glacis bleu outremer. Le
noirl acquiert ainsi une vibration particulière.
Un léger essuyage sur les bords du panneau m'a permis de faire
réapparaître à quelques endroits le dessous rouge.
Une émulsion blanche
J'ai laissé sécher ce fond noir lisse glacé de bleu
avant de réaliser une couche blanche et texturée avec une
émulsion huile/colle à l'eau.
J’ai réalisé cette émulsion en associant à
parts égales le médium utilisé précédemment
et une colle obtenue en saupoudrant 1 volume de méthycellulose
(c'est la base de la colle à tapisserie) dans un tourbillon de
25 volumes d'eau.
Le pigment blanc est du blanc de plomb broyé à l'eau au
couteau à palette de façon à obtenir une pâte
grossière à laquelle j'ai ajouté l'émulsion
avant de broyer le tout très doucement au couteau à palette
de façon à ne pas séparer l'huile et l'eau.
Il est essentiel de poser cette émulsion sur une fine couche de
vernis à retoucher. Ce vernis est tout simplement constitué
d'un volume de medium dilué dans trois volumes d'essence de térébenthine.
Quand le vernis a commencé à tirer, j'ai posé l'émulsion
d'un seul geste avec une spatule carrée de carrossier.
Des glacis verts
Il m'a suffit d'attendre quelques heures pour poser les premiers glacis
pour lesquels j’ai légèrement renforcé en résine
mon médium habituel. En utilisant la technique utilisée
par les peintres flamands du XVe siècle j'ai obtenu un modelé
par superposition de glacis successifs. Au delà de six ou sept
glacis légers on obtient des valeurs très foncées
et une perte de la tonalité verte. Les
zones claires sont ainsi obtenues sans adjonction de pigment blanc
mais par réflexion
de la lumière sur le dessous blanc. Le
liant des glacis en pénétrant dans les creux de la texture
crée à ces endroits de fines obscurités. Rembrandt
a très souvent utilisé cette technique du glacis sur des
émulsions texturées pour introduire un peu d'ombre dans
les hautes lumières répondant aux subtiles lumières
du dessous vibrant dans les ombres.
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